Rois de Sparte : Les Prérequis et l'Histoire Royale
Il y avait deux rois héréditaires issus des familles des Agiades et des Eurypontides, et, bien que les premiers fussent traditionnellement les aînés (Hérodote 6.51), ils étaient constitutionnellement égaux en autorité et agissaient donc comme un frein au pouvoir l'un de l'autre. Selon les termes de la Grande Rhétra, leur pouvoir constitutionnel a été diminué en étant inclus sans privilèges spéciaux parmi les trente membres de la Gérousie aristocratique. Ceci est en outre confirmé par Hérodote qui énumère, outre leurs privilèges sociaux, leurs sacerdoces et leur autorité judiciaire limitée (c'est-à-dire sur les héritières non mariées, l'adoption et les voies publiques) comme leurs seuls domaines d'autorité dans les affaires intérieures (6.57). Aristote a limité leur importance constitutionnelle au commandement de l'armée en campagne :
Aristote, Politique 1285a 5–10
lorsqu'il part en expédition à l'étranger, il est le chef dans toutes les affaires qui concernent la guerre ... ; par conséquent, cette royauté est une sorte de commandement qui possède tous les pouvoirs et est à vie.
Aristote avait sans aucun doute raison de souligner l'autorité suprême des rois en campagne, mais il n'a pas pleinement apprécié leur influence dominante en tant que chefs politiques, surtout lorsque les rois étaient des hommes de haut calibre. Bien que leurs pouvoirs constitutionnels chez eux fussent strictement limités, le prestige exceptionnel que l'on tirait de la direction de l'armée spartiate (et, plus tard, des alliés du Péloponnèse) renforcerait considérablement la position politique et l'influence des rois parmi les hoplites spartiates. Dans une société si dévouée et si respectueuse des prouesses militaires, un roi spartiate ayant de bons antécédents de succès à la guerre remporterait une grande gloire et serait le point central de l'admiration des hoplites. Leur influence était particulièrement répandue dans les initiatives étrangères, surtout s'il y avait la possibilité d'une expédition militaire, puisque le roi lui-même en serait le commandant en chef. La carrière dynamique de Cléomène Ier (c.520–490) est amplement documentée par Hérodote, qui lui attribue le rôle principal, voire parfois exclusif, dans la conduite de presque toutes les affaires étrangères de Sparte. Il n'y a qu'un seul exemple, jusqu'à la fin du IVe siècle, où les Spartiates ont adopté une politique en matière d'affaires étrangères qui était combattue par un roi puissant : le rejet du conseil du roi Archidamus en 432 de reporter la déclaration de guerre contre Athènes.
Selon Hérodote, les rois spartiates possédaient même le droit constitutionnel de déclarer la guerre :
Hérodote 6.56 :
Les Spartiates ont accordé aux rois ces droits : [certains sacerdoces] et de faire la guerre contre tout pays qu'ils souhaitaient, et tout Spartiate qui s'y oppose est passible d'être frappé d'une malédiction.
Des doutes ont été émis quant à cette affirmation, car les preuves des Ve et IVe siècles révèlent que ce pouvoir était dévolu à l'Ecclesia (Assemblée) spartiate. Cependant, il est possible que les rois aient initialement possédé ce droit en théorie, lorsqu'ils agissaient de concert et partaient en campagne ensemble. La situation constitutionnelle a très bien pu changer après c.506 lorsque l'affrontement entre Cléomène et Damaratus a conduit à l'abandon de l'invasion d'Athènes (voir ci-dessous) ; à partir de ce moment-là, il n'était plus permis à deux rois de faire campagne ensemble, et il deviendrait donc pratiquement impossible pour eux d'exercer ce droit partagé. Finalement, ce droit est devenu obsolète par manque d'usage.